Mai 2009: 60ème anniversaire de la reunification

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Fondée officiellement le 23 mai 1949, la République Fédérale d’Allemagne fête ce mois-ci ses soixante ans d’existence. De nombreuses rétrospectives reviennent sur les six dernières décennies écoulées, en mettant avant tout, l’accent sur l’histoire politique du pays. L’exposition 60 ans, 60 œuvres qui se tient à Berlin jusqu’au 14 juin s’intéresse, elle, à l’évolution artistique du pays depuis sa fondation.

On connaissait le top 50 pour le hit parade des musiques récemment sorties. C’est un «top 60» forcément subjectif, partial et cruel que les initiateurs de l’exposition ouverte par la chancelière Merkel au Martin-Gropius-Bau, au cœur de Berlin, ont choisi de créer. Leur défi : en quatre mois – un record – sélectionner soixante œuvres censées être emblématiques des six dernières décennies depuis la fondation de l’Allemagne de l’Ouest, à Bonn. Le tout en prenant en compte l’importance de l’artiste à l’époque, le poids de l’œuvre retenue pour sa carrière ainsi que le caractère exemplaire du tableau pour un courant artistique donné.
Un exercice d’autant plus périlleux que l’après-guerre en Allemagne a connu une sorte d’âge d’or, de foisonnement culturel. Tout d’abord en réaction aux années de plomb du Troisième Reich qui avait rejeté ce qu’il qualifiait d’«art dégénéré». Mais aussi parce que l’Allemagne, par la puissance de ses régions et le miracle économique de l’après-guerre a vu son offre culturelle exploser.
Un artiste et une œuvre ont donc été retenus par année, du tableau encore très figuratif de Werner Heldt baptisé Berlin au bord de la mer de 1949 à l’œuvre toute récente de Tobias Rehberger, une installation de lampes soufflées à la main. L’exposition présente en fait plus de 60 œuvres. Pour chaque année, l’heureuse élue n’est pas seule à être exposée. Et les artistes centraux ont eu droit à plusieurs tableaux voire à une salle complète comme Joseph Beuys l’artiste allemand le plus connu de la seconde moitié du XXe siècle. A ses côtés, on trouve la fine fleur de l’art germanique depuis 1949 : Georg Baselitz, Hans Hartung, Anselm Kiefer, Gerhard Richter ou encore Sigmar Polke.
Au total, c’est donc plus du double du nombre de tableaux annoncés qui est exposé, soit 150 œuvres qui se partagent les 18 salles du Martin-Gropius-Bau jusqu’à la mi-juin. Hormis les œuvres elles mêmes, ce panorama artistique est replacé dans son contexte. Deux salles multimédia proposent des images d’actualités consacrées – en allemand et en anglais – aux événements de l’année, essentiellement en Allemagne. Au centre des mêmes pièces, de grandes tables interactives permettent aux visiteurs, également dans les deux mêmes langues, de s’informer chronologiquement sur les biographies des artistes présentés mais aussi sur la signification et la portée des mouvements au sein desquels ils évoluaient.
L’exposition a profité, en amont, d’un écho médiatique inattendu mais de poids. Le quotidien à sensation Bild Zeitung en est le partenaire. Habitué aux pin up en première page et aux faits divers graveleux plus qu’aux subtilités artistiques, il présente chaque jour une des soixante œuvres emblématiques, accompagnée à chaque fois d’un texte accessible au lectorat de masse soit pas moins de 11 millions de personnes quotidiennement. Ce qui a d’ailleurs fait dire à un artiste centenaire exposé qu’avec un tel soutien, ses œuvres ont atteint d’un coup plus de personnes que durant toutes les décennies antérieures.
Mais l’écho dans la presse a été mitigé. Surtout à Berlin, la capitale autrefois divisée entre l’Est et l’Ouest, et aujourd’hui laboratoire d’une réunification qui, dans les esprits, reste laborieuse. Les initiateurs de l’exposition, au-delà des critiques contre tel ou tel choix individuel ou certains oublis, se voient surtout reprocher d’avoir ignoré l’art hérité d’une autre Allemagne, la Rda communiste fondée quelques mois après la Rfa. Les organisateurs se défendent : pour eux, il s’agissait avant tout de célébrer les 60 ans de la république fédérale et de rendre hommage aux artistes qui ont œuvré sur son sol.
En ce qui concerne les vingt dernières années, ils soulignent que bien sûr des artistes issus de l’ex-Rda sont représentés comme par exemple Neo Rauch de l’Ecole de Leipzig. Pour la période antérieure, l’Allemagne de l’Est est indirectement présente dans l’exposition à travers des artistes nés en Rda qui ont ensuite choisi de partir à l’Ouest comme Gerhard Richter ou encore A.R. Penck dont le tableau Election à l’Est symbolise précisément l’année 1979. Une exposition montée à Los Angeles – le recul facilite peut-être les choses – et consacrée à une comparaison de la peinture allemande de chaque côté du rideau de fer durant la guerre froide sera présentée à Berlin à compter d’octobre. Elle permettra peut-être un mois avant le vingtième anniversaire de la chute du mur, d’apaiser les polémiques.

Un joyeux anniversaire pour cet exemple de la démocratie

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